Le 28 avril 2020

Appeler à témoigner sur internet est devenu une pratique journalistique courante, une nouvelle forme de micro trottoir. Cette pratique n’est pas sans risque et devrait nous interroger sur nos propres méthodes dans le domaine du Marketing Client.

Une « enquête » publiée sur l’App France Info nous livre des témoignages bruts, sans mise en garde ni analyse, et avec toutes les apparences de l’objectivité journalistique. Je vous laisse lire et interpréter librement ce « verbatim ». Personnellement, l’impression qui me reste après lecture est que la crise actuelle va profondément changer le rapport des français au travail, en développant le télétravail solitaire et en oubliant totalement le collectif, les relations humaines, l’entreprise… Conclusion qui me laisse, avec un peu de recul, pour le moins sceptique.

Comment ces journalistes ont-ils travaillé ? Ils ont lancé un appel, reçu 400 contributions parmi lesquelles ils ont retenu 8 témoignages pour porter ce matériau à notre attention en présentant succinctement chaque contributeur. C’est-à-dire un travail de collecte et de tri, implicitement présenté comme objectif, et qu’on nous tend comme un miroir : regardez ce que sera #EtAprès !

Bref tout sauf un travail d’enquête sérieux et la parfaite illustration de deux erreurs méthodologiques :

  • le biais de sélection : les répondants ne sont représentatifs que de la population des « utilisateurs de l’appli France Info – qui ont du temps à perdre – qui l’occupent à réfléchir à leur rapport personnel au travail – qui considèrent que leurs réflexions valent d’être partagées – qui savent rédiger de façon suffisamment claire et synthétique pour que les journalistes puissent reprendre leurs verbatims, etc… » bref d’une micro-niche qui n’a rien à voir avec la population française.
  • le biais de confirmation : les témoignages ont été sélectionnés, mais comment ? Visiblement parce qu’ils sont variés, étayés et bien rédigés ; mais surtout, et tous les chercheurs en sciences humaines le savent, parce qu’ils confirment les idées préconçues des journalistes qui les ont choisis.

Le journalisme ne peut pas se réduire au seul fait de tendre un micro. Quand on fait un travail d’enquête sur un sujet aussi sérieux :

  • On ne peut que s’appuyer sur des recherches de fond, des rencontres avec des experts et la confrontation de leurs opinions
  • On peut utiliser des témoignages, mais pour leurs vertus pédagogiques, c’est-à-dire pour illustrer des points de vue sérieux et donner de la chair à des concepts parfois ardus.

Et si le journaliste veut contribuer au débat en recueillant des témoignages, alors il lui faudra du temps, de la méthode et de la rigueur (voir par exemple le travail formidable de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin dans La Communauté).

Ces remarques ne vous font-elles pas penser à certaines dérives dans le domaine du marketing ?

Rendez-vous dans un article à suivre

En savoir plus et contacter la voix du client, éditeur de ce magazine